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D'abord, appliquez cette première règle d'or : il ne sert à rien de confronter votre enfant alors qu'il est dans cet état. Vous ne feriez qu'empirer les choses. Attendez au lendemain. Il aura les idées plus claires... et vous aussi.
Ne dramatisez pas la situation. Souvent, l'enfant va consommer sous la pression du groupe ou si une occasion se présente. Il sera curieux de connaître les effets que lui procurera la marijuana, l'alcool ou l'ecstasy. Cela n'en fait pas un drogué. C'est souvent un simple geste anodin, sans grandes conséquences. Qui sait? Il n'a peut-être pas aimé l'effet, ou sa gueule de bois du lendemain suffira à le décourager. Considérez donc cet « écart de conduite » comme un (autre!) problème de l'adolescence.
Soyez patients
Devant la consommation de toute substance psychotrope plus ou moins licite, soyez patients. Renseignez-vous sur le type de drogue consommé, la fréquence, la quantité consommée (ici, attention aux vantards), sur les diverses substances « à la mode », sur le jargon utilisé par les jeunes pour décrire telle ou telle drogue. Utilisez Internet, les ressources de votre quartier ou de votre localité.
Une fois vos informations bien assimilées, abordez le problème avec calme et confiance. Un dialogue franc et sincère vaut mieux que toutes les campagnes de prévention, à l'école ou ailleurs. Malgré votre horaire chargé, allez manger en tête-à-tête avec votre adolescent ou pratiquez une activité sportive. Rien ne vaut une randonnée en raquettes pour parler de neige, pardon de cocaïne.
Évitez de montrer que vous êtes catastrophé, même si c'est le cas.
Ne punissez pas d'une manière draconienne dès les premières « offenses. » Un père de famille m'a raconté qu'informé par son ex-conjointe d'un « problème » de consommation, il est intervenu de la façon suivante. D'abord, il a demandé à sa fille, en présence de la mère, si elle avait de la drogue en sa possession. Devant la réponse affirmative, il lui a demandé d'aller la chercher. Malgré la crainte d'une sévère punition, l'adolescente a obtempéré. Devant cette preuve flagrante, le père lui a demandé de ranger la substance (du hachisch) « pour que personne ne la trouve »! Imaginez la surprise sur le visage de la jeune fille, et sur celui de sa mère... Le résultat fut immédiat. La « fautive » consomme de façon très sporadique... et garde toute sa tête, du moins le croit-il.
Si la situation se dégrade
Il est possible que votre enfant ait ressenti du plaisir à consommer et qu'il récidive de plus et plus souvent. Certains indices pourraient vous mettre la puce à l'oreille. À la maison, vous pourriez observer :
- une modification radicale de comportement;
- un changement d'attitude envers vous ou d'autres membres de la famille;
- des modifications significatives dans sa tenue vestimentaire;
- une attitude plus renfermée;
- un refus de participer à certaines tâches domestiques;
- un secret entourant ses activités,
- une demande accrue d'argent de poche, voire la disparition de certaines sommes;
- l'utilisation d'encens, de désodorisant pour la maison ou de parfum pour camoufler la fumée ou les odeurs chimiques;
- la présence d'instruments associés à la consommation de drogues, comme les pipes, le papier à rouler, des bouteilles de gouttes ophtalmiques (qui servent à masquer les rougeurs de l'oeil ou les pupilles dilatées);
- l'apparition d'éléments généralement associés à l'utilisation de produits d'inhalation (laque à cheveux, poli à ongle, liquide correcteur, produits d'entretien domestiques courants, chiffons et sacs en papier);
- voire la disparition de médicaments d'ordonnance, particulièrement les narcotiques et les sédatifs.
N'oubliez pas que l'adolescence est une période propice aux changements. Et qu'il est parfois difficile d'en identifier les véritables causes. Dialoguez!
Un projet unique
Les jeunes ont besoin de discipline, de lieux de rendez-vous. Ils le réclament. Mais les Maisons de jeunes n'accueillent pas d'adolescents qui ont consommé de l'alcool ou des drogues. À Rivière-du-Loup, le Comité des loisirs de Saint-Ludger (un des quartiers de la ville) a ouvert ses portes aux jeunes intoxiqués. Ceux-ci sont accueillis dans la cabane près de la patinoire locale, trois soirs par semaine. « Nous voulons aider les jeunes, assure Onil Ouellet, président du Comité. Nos deux moniteurs se sont rendu compte qu'ils ont besoin de parler. Et, s'ils éprouvent des difficultés au chapitre de la consommation, nos intervenants peuvent les référer à des ressources spécialisées. »
Au service municipal des loisirs, Mélanie Desmarais précise : « Les jeunes ne peuvent pas consommer sur place, mais ils y sont les bienvenus (pourvu qu'ils ne soient pas trop intoxiqués). C'est un lieu où ils peuvent trouver une écoute attentive, du répit. D'ailleurs, depuis la mise en place du projet, le vandalisme et les graffitis ont diminué d'une façon significative dans ce secteur de la ville. »
Ce projet serait unique au Québec. Pourtant, l'organisme a du mal à trouver le financement nécessaire et maintient le service à flot avec un maigre budget annuel de 4 000 $. Cet été, le local a fermé ses portes. Nous avons appris que des jeunes avaient tenté d'y entrer de force, pour s'y retrouver. Parallèlement, la petite criminalité a connu une augmentation significative.
Une dernière règle d'or s'applique, trop souvent oubliée... Rappelez-vous votre adolescence avant de tomber à bras raccourcis sur votre enfant. Vous avez peut-être consommé de la drogue, ou de l'alcool, de façon exagérée, une fois, deux fois, dix fois. Il est même possible que votre consommation ait nécessité une prise en main drastique, voire le recours à une forme d'aide. Mais si vous lisez ces lignes, il y a peu de chances que vous viviez dans la rue, comme un clochard...
Henri Michaud, rédacteur Canal Vie
* : le « bullying » désigne « une violence à long terme, physique ou psychologique, perpétrée par un ou plusieurs agresseurs à l'encontre d'une victime dans une relation de domination », principalement en milieu scolaire. Il est caractérisé par l'usage répété, non seulement de la violence physique, mais également des moqueries et autres humiliations. (Source : Wikipédia)
Quelques mots pour le dire :
Cannabis (marijuana, hachisch, l'huile de hachisch et chanvre) : « ace, bat, billot, doobie, ganja, herbe, hydro, joint, marijuana, mari, marie-jeanne, mauie wowie, pétard, pot, sativa, weed, hachisch, hash, huile de hachisch, honey oil, weed oil ». Cocaïne et crack : « lake, freebase, neige, nose candy, poudre, rock, sniff, snow, stardust ».
Psilocybine (« champignons magiques ») : « shrooms, shrum, mush, mushies, fungus ». GHB (drogue du viol) : « grievous bodily harm, quaalude, salty water, scoop, soap, easy lay, vita-G, georgia home boy, ecstasy ».
Henri Michaud, édimestre Canal Vie
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